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Selon Chadortt Djavann le voile n’est pas moins grave que l’excision

Sophie Doucet

Sophie Doucet

En Iran, Chadortt Djavann a porté le voile pendant dix ans. C’était ça ou la mort pour cette jeune femme de trente-cinq ans, d’origine Iranienne qui vit maintenant en France et qui a publié Bas les voiles un livre où elle raconte qu’elle même a été voilée de treize à vingt-trois ans. Chadortt Djavann se dit bouleversée de découvrir dans les rues de son pays d’accueil de plus en plus de jeunes filles la tête enserrée par un tissu sombre. Et elle est en colère contre certains intellectuels français qui, au nom du respect de la différence culturelle, se rendent complices, à ses yeux, de l’action des islamistes. Virulente, la jeune femme en appelle à la raison, à la laïcité et au respect des droits de l’homme pour interdire le voile, non seulement à l’école, mais dans toutes les institutions républicaines et sur tous les lieux de travail. Et partout en ce qui concerne les mineures.

Chadortt Djavann

Chadortt Djavann

Chadortt Djavann clame qu’elle sait de quoi elle parle. «Habiter, dix ans durant, un corps enfoui sous le noir, un corps condamné à l’enfermement, laisse des marques indélébiles. Quoi de plus injuste, de plus aliénant, que d’infliger à une adolescente l’enfermement sous le noir et la honte de son corps parce qu’il est féminin. Le voile n’est pas moins grave que l’excision. Il n’y a pas de jour avec et de jour sans, la jeune fille devient un être sous le voile. Ca fait partie de son être social, psychologique, sexuel, personnel. En voilant une fille, on lui inculque son infériorité, la culpabilité de sa sexualité et, surtout, on lui dit qu’elle n’est pas dans le droit, qu’elle n’a pas le droit.»

Une discrimination que Chahdortt Djavann, pour l’avoir vécue et fuie, ne supporte pas dans ce pays où l’histoire du combat pour l’égalité des sexes est longue.» Dans les sociétés musulmanes, les femmes sont invisibles, enterrées, parce qu’on ne peut pas les exterminer. On en a besoin pour procréer, pour assouvir les besoins sexuels des messieurs… Comme enfants-voiléson ne peut pas les exterminer, on les ensevelit sous le noir. Dans tous les systèmes les plus barbares, on voile les femmes. Pourquoi le supporte-t-on ici ? Parce qu’il s’agit de femmes et de musulmanes. Au nom de la différence culturelle ? Pourquoi ne pas accepter la lapidation et l’excision en ce cas ? Dans tous les pays musulmans, il y a des mariages de jeunes mineures avec des messieurs vieillissants. C’est une différence culturelle, n’est-ce pas ? Mais ici elle est considérée comme un délit : la pédophilie. Qu’en pensent ces intellectuels et les islamologues ? »

Quand on prononce les mots » liberté individuelle, «la jeune auteure bondit» : Si, aujourd’hui, des jeunes juifs commençaient à porter l’étoile jaune, en clamant» c’est ma liberté» ; si des jeunes Noirs décidaient de porter des chaînes au cou et aux pieds, en disant» c’est ma liberté,«la société ne réagirait-elle pas ? » Quand on tente de nuancer en employant les mots foulard ou bandeau, elle rétorque : «Entre la burka et le foulard coloré, la signification est la même. Parler de foulard, de bandeau n’est qu’une lâcheté sémantique, c’est une misérable ruse rhétorique. De plus porter le foulard, ici, est un appui aux dictatures islamistes qui imposent la burka là-bas. Le voile est l’emblème même du dogme islamiste. L’islam peut tout à fait vivre sans, mais il n’y a pas de pays islamistes sans le voile.»

libertéPour Chahdortt Djavann, l’attitude conciliante avec le voile n’est pas sans danger. Car, d’un côté, le Front national décrète que les musulmans ne sont pas intégrables» – les femmes voilées, bizarrement, font parfaitement écho à cette «France algérienne» dont parle Le Pen » -, de l’autre, un populisme islamiste – « qui s’appuie, hélas, sur une réalité » – tient un langage de victimisation aux jeunes issus de l’immigration : «Jamais vous ne serez intégrés dans la société française, vous serez toujours considérés comme des bougnoules, comme des beurs. Les islamistes s’appuient sur ce discours pour militer pour un retour aux dogmes religieux, pour créer un communautarisme. La convergence de ces deux populismes est extrêmement dangereuse». Et la jeune femme de lancer : « Il est temps d’agir, et radicalement. La République française doit prendre ses responsabilités, et reconnaître les enfants issus de l’immigration tiers-mondiste comme des citoyens à part entière. Elle doit reconnaître le port du voile pour les mineures comme une maltraitance. Les parents et tous les adultes qui incitent les filles à le porter doivent être sanctionnés. »

Texte de Dany Stive, publié dans L’Humanité, 9 octobre 2003.

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Vers une charte de la laïcité québécoise ?

Depuis que le Conseil d’administration de l’Association canadienne de soccer (ACS) a annoncé la suspension de la Fédération québécoise en raison de son refus de revenir sur sa décision d’interdire le port de turbans, patkas et keski durant les matchs qu’elle sanctionne, le débat s’est enflammé sur les médias-sociaux et dans les médias traditionnels ce qui a fait réagir Oitarp, le poète indigné du printemps érable .

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L’urgence d’une charte de la laïcité québécoise

La situation est devenue épidermique suite à cette décision d’exclure des enfants différents de la majorité. Dans un court point de presse à l’Assemblée nationale la première ministre Marois a déclaré : «Je trouve cela inacceptable. Je crois que la fédération québécoise a le droit d’établir ses propres règlements, elle est autonome, elle n’est pas assujettie à la fédération canadienne et à cet égard, je la supporte dans ses orientations». Les propos de Madame Marois ont le mérite d’être clairs et ils tranchent avec ceux de Brigitte Frot (D.G. de la Fédération de soccer du Québec) qui aurait déclaré qu’« ils peuvent jouer dans leur cour mais pas avec des arbitres officiels, pas avec les règlements officiels du soccer. Nous n’avons pas le choix » 1

enfantsPhoto Bill Clenett

Cette situation témoigne d’un malaise par rapport à l’autre et des changements culturels profonds que subissent le Québec et l’Occident en général. Pendant longtemps les québécois ont vécu entre catholiques, prenant bien soin de tenir loin d’eux tous ceux qui ne l’étaient pas, ce qui fait que beaucoup de communautés culturelles se sont tournées vers les écoles protestantes ou juives, et en se retrouvant exclues elles se sont anglicisées, creusant un peu plus l’écart entre francophones et anglophones. En marginalisant ces gamins à cause de leur religion, on les coupe de la société d’accueil et on créé deux sortes de citoyens : les Québécois de souche et les autres… Ce n’est pas le Québec dont je rêve et je me demande comment on peut interdire le turban et permettre au maire du Saguenay de faire la prière ? Comment se fait-il qu’il y ait encore un crucifix à l’Assemblée Nationale du Québec, dans une province qui se veut soit-disant laïque ? On essaie de nous faire croire que c’est un héritage culturel, mais pour ma part c’est un héritage que je ne partage pas ! Par ailleurs, cette chasse aux enfants traduit encore une fois la peur de l’autre et le manque de maturité de plusieurs québécois incapables de s’assumer en tant que peuple. Je pense qu’en tant que société il faut cesser de faire semblant d’être laïque et cesser de conserver tous ses reliquats débilitants de la catholicité. Il faut adopter au plus vite une charte de la laïcité comme l’a proposé Françoise David dans un point de presse :

«Est-ce qu’on veut une charte de laïcité? Nous, nous disons oui, mais nous allons plus loin: inclure, dans la Charte des droits et libertés de la personne, des articles affirmant clairement que la laïcité fait partie, justement, des valeurs québécoises et puis ensuite avoir un débat serein, calme, que les partis n’instrumentalisent pas simplement pour des raisons partisanes ou électoralistes. » 2

D’ici là je vous laisse je vais aller faire un p’tit tour à la messe …Et en passant saviez vous que la FIFA permet le port du voile chez les filles ?

Oitarp, poète indigné du printemps érable

12 juin 2012

world_religion

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par | juin 12, 2013 · 4:45