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Le silence inquiétant de l’AAQ dans le dossier des Tanneries

Pierre-Jacques Ratio, archéologue

Pierre-Jacques Ratio, archéologue

Depuis la destruction sauvage du site des Tanneries, l’Association des archéologues du Québec (l’AAQ) demeure obstinément muette. Bien que le mandat de cet organisme consiste à contribuer «au développement, à la promotion et la défense de l’archéologie et de sa pratique éthique et professionnelle au Québec en tant que science, patrimoine et discipline», l’AAQ ne s’est toujours pas prononcée sur la destruction du site des tanneries.

À ce jour, seule l’Association canadienne d’archéologie (l’ACA) s’est opposée à la destruction du site et c’est en vain que Christian Gates St-Pierre, président du Comité de défense de l’intérêt public à l’ACA et professeur à l’Université de Montréal a fait pression auprès du maire Denis Coderre  pour qu’il intervienne. Depuis la destruction du site archéologique c’est la consternation dans la population mais aussi dans «les cercles d’archéologues, d’historiens, d’urbanistes, de muséologues et de plusieurs autres professionnels ayant à cœur la conservation et la mise en valeur du patrimoine Montréalais. Cette inquiétude trouve même écho chez nos collègues archéologues du Canada anglais, des États-Unis et d’Europe, tous abasourdis devant la disparition  […]  d’un ensemble patrimonial aussi vaste, rare et précieux » a indiqué M Gates St-Pierre.

Le maire Benoit Dorais

Le maire Benoit Dorais

De son côté, le maire de l’arrondissement du Sud-ouest Benoit Dorais a précisé qu’il « […]  trouve personnellement malhonnête intellectuellement de la part du ministre d’utiliser la réputation de professionnalisme et le titre de présidente de l’Association des archéologues du Québec (AAQ) de Josée Villeneuve pour justifier la destruction des vestiges alors qu’elle ne peut prendre la parole publiquement. Mme Villeneuve travaille pour la firme d’archéologues ayant le contrat des fouilles, Patrimoine Expert, et elle est liée par une entente de confidentialité ».  Rappelons que Madame Villeneuve, en plus de cumuler les fonctions de présidente de l’AAQ est également co-propriétaire de Patrimoine Experts et qu’elle travaillait sur le site des Tanneries en tant que coordonnatrice des fouilles.  Ceci explique sans doute le silence de l’AAQ. Si tel est le cas, Madame Villeneuve devrait démissionner de ses fonctions pour permettre à cet organisme de se positionner dans ce dossier.  Quoi qu’il en soit, c’est maintenant un peu tard pour le faire, mais en demeurant muette l’AAQ perd ainsi toute crédibilité, de même que le Ministère de la Culture et des Communications qui a donné son aval à la destruction du site.  «Je me souviens», dites-vous ?

la-conscience

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L’archéologie des Tanneries ou la mémoire de l’oubli

Pierre-Jacques Ratio

Pierre-Jacques Ratio

Alors que l’Association canadienne d’archéologie s’insurge contre la destruction du site archéologique des Tanneries situé sous l’échangeur Turcot, les ministres Robert Poëti et Hélène David ainsi que le maire de Montréal Denis Coderre, préfèrent annoncer la création d’ un « comité qui sera chargé de trouver un projet pour mettre en valeur les 150 caisses d’artéfacts récupérées sur le site.» 

De son côté Stéphan Deschênes, directeur du projet Turcot au ministère des Transports, plaide également pour la destruction archéologique en raison de la nature instable et marécageuse des sols qui doivent accueillir à cet endroit un collecteur des eaux usées qui desservira 140 000 foyers.

tannerie

Encyclopédie Diderot et d’Alembert : Tanneurs, -1762

Une odeur de déjà vu 

Faubourg quebec

Le Faubourg Québec enl, 2006, Ville de MTL

Le 18 août 1993 dans le dossier controversé du Faubourg Québec (un immence site archéologique du Vieux-Montréal qui fut entièrement détruit pour faire place à des condos), Les Nouveaux Montréalistes, un groupe de pression engagé dans les questions d’intérêt public touchant le patrimoine écrivait ceci dans Le Devoir :  «tant et aussi longtemps qu’il n’existe aucune politique cohérente de gestion à la ville de Montréal qui permette aux archéologues de poursuivre leurs divers travaux et de formuler des recommandations pertinentes suffisamment à l’avance et à travers des programmes structurés, ni la préservation des vestiges importants, ni le développement sain et rationnel de l’archéologie urbaine ne sera possible.» Il est vrai que depuis cette époque, la technologie a progressé et c’est pourquoi les autorités ont annoncé qu’un relevé 3D des structures du village des Tanneries sera également réalisé en guise de «mémoire virtuelle».

Rien de nouveau sous le soleil

Villa-Montcalm

La Villa Montcalm avant sa destruction en 1977

Aux personnes qui pensent encore que la destruction de sites archéologiques est un phénomène nouveau dans la Province de Québec; détrompez-vous! Déjà en 1994, mon collègue Robert Bilodeau et moi-même écrivions ceci dans Le Devoir du 28 décembre : « […] Différents dossiers notamment celui du Faubourg Québec à Montréal qui a amené l’UNESCO à offrir sa médiation face à la colère de certains citoyens opposés à cette braderie de notre patrimoine archéologique […] Plusieurs sites archéologiques connus de la région de Montréal ont été littéralement effacés […] : le site Munn, important chantier naval montréalais du XIXe siècle, le fort de Laprairie datant du XVIIe siècle, le site institutionnel de L’Assomption, le cimetière juif du Square Dorchester au centre-ville, certaines parcelles du Vieux-Longueuil pour n’en nommer que quelques unes.»

«Je me souviens» une devise à bannir !

Armoiries_du_Québec.svg

Armoiries du Québec depuis 1939.

Même si la devise du Québec est Je me souviens, nous vivons dans une province qui prend un malin plaisir à détruire systématiquement les traces de son passé surtout lorsqu’il s’agit de la Nouvelle-France. C’est ce que j’appelle le nivelage par le bas. Imaginez par exemple, un américain qui s’aviserait de détruire le QG du général Washington, il serait immédiatement jugé comme traître à la nation et il serait vraisemblablement exécuté. Ici dans la province de Québec, on a pu en toute impunité détruire le QG du général Montcalm (un crisse de Français et un estie de Looser, anyway!). Alors si vous pensez sauver les vestiges archéologiques des Tanneries, bonne chance! Personnellement j’en doute car comme l’écrivait récemment mon collègue et ami François Véronneau : «À chacun sa méthode… certains font sauter leur vestiges, comme Daech à Palmyre, d’autres utilisent des moyens disons… plus subtils, mais le résultats est le même. Dans ce cas-ci, l’oblitération d’un lieux de mémoire, même si M. Poëti dit avoir fait son devoir en récoltant des caisses d’artefacts qu’ils veulent mettre en valeur. Le lieux et la richesse de cet ensemble parfaitement conservé, traces d’une proto-industrie organisée autour d’un ruisseau canalisé, mérite une mise en valeur in situ.»

libres99

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