Archives de Tag: Lac-Mégantic

Une nouvelle étude souligne les dangers du projet d’oléoduc de TransCanada

Sophie Doucet

Sophie Doucet

La compagnie TransCanada poursuit actuellement ses démarches afin de réaliser un nouveau projet d’oléoduc, d’une longueur de 4600 kilomètres, visant à transporter environ 1,1 million de barils de pétrole brut par jour (130 millions de litres par jour) de l’Alberta et de la Saskatchewan vers des raffineries de l’est du Canada, soit deux raffineries situées au Québec (à Montréal et près de la ville de Québec) et une raffinerie située à Saint John au Nouveau-Brunswick.

Ce projet, évalué à 12 milliards de dollars, a fait l’objet d’une nouvelle étude commandée par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Selon cette étude si un déversement se produisait, pas moins de 64 kilomètres de rivières seraient souillés par le pétrole et 26 stations de pompage d’eau potable seraient atteintes en à peine 12 heures. Presque la totalité des prises d’eau potable autour de Montréal seraient contaminées et la décontamination pourrait prendre jusqu’à cinq ans.

En 13 minutes, plus d’un million de litres déversés

La quantité de pétrole que souhaite exporter TransCanada est astronomique : 1,1 million de barils transiteraient chaque jour par le Québec, l’équivalent de plus de 2000 litres par seconde. Et l’étude de la firme Savaria ne présente pas ici le pire des scénarios. Elle part de la supposition que la pétrolière serait en mesure d’arrêter un déversement en 13 minutes. En 13 minutes, c’est plus d’un million de litres de pétrole qui pourraient s’écouler dans l’environnement. Or, TransCanada avoue qu’il lui faudrait jusqu’à 22 minutes pour fermer les vannes en cas de déversements.

pompe

En 13 minutes, c’est plus d’un million de litres de pétrole qui pourraient s’écouler dans l’environnement (photo Greenpeace)

Fuite indétectable si inférieures à 1,5% du volume transporté

TransCanada affirme également qu’elle ne peut pas détecter de sa salle de contrôle des fuites qui seraient inférieures à 1,5% du volume transporté dans le pipeline. Par conséquent une fuite de 1,5% pourrait s’écouler pendant des heures, voire des jours sans que TransCanada ne s’en rende compte. Au bout d’une journée ce serait 2,6 millions de litre de pétrole qui se retrouverait dans l’environnement, au bout de deux jours 5,2 millions de litres, etc. En guise de comparaison, 100 000 litres de pétrole léger se sont retrouvés dans la rivière Chaudière  lors de la tragédie du Lac-Mégantic et les effets s’en ressentent encore…

Risques de glissements de terrain sur les rives traversées

panacheÇa ne prend pas beaucoup d’imagination pour anticiper les conséquences sur l’approvisionnement en eau d’un déversement de pétrole lourd des sables bitumineux à proximité du Fleuve Saint-Laurent, en plein hiver, avec la présence de glaces… Et comme si ce n’était pas assez, les rives d’une trentaine de cours d’eau dans les secteurs franchis par le pipeline présentent des risques évidents de glissements de terrain en raison de leur instabilité.

Voilà seulement quelques-unes des raisons pour lesquelles plus de 50 municipalités du Québec ont déjà dit non merci à TransCanada, alors que plusieurs s’apprêtent à emboiter le pas. Il est de notre devoir d’exiger que le Québec fasse mieux que de devenir complice de l’expansion des sables bitumineux en permettant le passage d’Énergie Est sur son territoire. L’avenir est dans une sortie rapide du pétrole. TransCanada ne ferait que nous y enfoncer davantage. Ne les laissons pas faire.

Vous souhaitez recevoir nos appels à l’action ?
Inscrivez-vous sur www.greenpeace.ca/sablesbitumineux

Cap

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

La transition énergétique du Québec : un choix de société

Alors que le Québec se remet péniblement de la plus grande catastrophe écologique de son histoire, des indignés affiliés au Réseau écosocialiste, se sont penchés sur les causes de la catastrophe de Lac-Mégantic et sur les dérives autoritaires de l’État canadien. Leur analyse fait ressortir que le Québec peine à s’affranchir en matière d’innovation énergétique puisque les principaux partis basent leur politique sur l’exploitation des hydrocarbures  en « partenariat » avec le pétrole albertain.

megantic

LAC MÉGANTIC : UNE TRAGÉDIE SOCIALE ET ÉCOLOGIQUE

Le 6 juillet 2013, à la tombée de la nuit, un convoi de 72 wagons-citernes contenant du pétrole brut a déraillé dans le centre-ville de Lac-Mégantic, petite municipalité de 6000 habitants de la région de l’Estrie. Une série d’explosions et un incendie ont complètement détruit une trentaine de bâtiments, dont la bibliothèque municipale, les archives de la ville, des bâtiments patrimoniaux, des commerces et des résidences. Bilan de l’accident jusqu’à maintenant : cinquante personnes décédées, dont plus de la moitié n’ont même pas été retrouvées. Sur le plan environnemental, l’accident a détruit une conduite d’eau centrale, obligeant les citoyens à ne plus consommer l’eau du robinet. De plus, un important déversement de 10 000 litres d’hydrocarbures dans le lac Mégantic et la rivière Chaudière, qui traverse la Beauce avant de se déverser dans le fleuve Saint-Laurent, risque d’affecter plusieurs municipalités riveraines avoisinantes, comme les villes de Saint-Georges et Lévis, entre autres. Devant ce désastre sans précédent, il faut doubler de solidarité avec les habitant.e.s de Lac-Mégantic et ne pas rester indifférent.e.s.

pollution-maree-noire-petrole+3202003

Il est donc nécessaire d’identifier les causes de ce phénomène, et non simplement s’attarder aux effets, afin de pouvoir remédier à la source de cette catastrophe. Il faut d’abord reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un incident isolé, résultant d’un simple problème de frein ou de train sans conducteur. La catastrophe de Lac-Mégantic est plutôt le symptôme d’une cause systémique : la logique de rentabilité inscrite dans le brusque virage pétrolier pan-canadien. Les risques de déversement et d’explosions se généraliseront sans doute au Québec, malgré le discours rassurant de l’industrie et de nos gouvernements. Il ne s’agit pas ici ni d’alarmisme, ni de récupération politique. Refuser de politiser de telles tragédies, c’est refuser de prendre les moyens pour que de tels événements ne se reproduisent plus. Dans un témoignage ahurissant d’un père qui vient de perdre son fils, le citoyen Raymond Lafontaine met le doigt sur le laxisme des dirigeants qui négligent la population et roulent à l’argent. « Faut arrêter ces bombes-là, il faut que ça change », répète-t-il à plusieurs reprises.

grenouilles indignées

Les causes de la catastrophe

L’enquête sur l’événement portera sans doute sur les causes matérielles et immédiates de l’accident. Cependant, elle ne tiendra peut-être pas compte des causes efficientes et médiates, c’est-à-dire de la dynamique économique et politique qui contribue à l’augmentation systématique de tels risques. Par exemple, l’écart de prix entre le baril de pétrole albertain et celui de l’étranger arrivant dans l’Est canadien, incite des raffineries comme la Irving Oil au Nouveau-Brunswick, à se tourner vers des solutions d’approvisionnement moins coûteuses. Cela encourage la progression vertigineuse du transport de pétrole par train sur le Canadien National, qui est passée de 5000 wagons-citernes en 2010 à environ 30 000 wagons en 2012 [1]. La raffinerie Irving est située au bout d’un système ferroviaire partiellement contrôlé par l’entreprise américaine Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA), propriétaire de la ligne sur laquelle le train a déraillé. La MMA est une filiale de Rail World en Illinois, une firme multinationale spécialisée dans la gestion « de chemins de fer, de consultation et sociétés d’investissement spécialisé dans les privatisations et les restructurations. Son but est de promouvoir la privatisation de l’industrie ferroviaire en réunissant les organismes gouvernementaux qui souhaitent vendre leurs participations au capital d’investissement et leur expertise ». La privatisation des profits et la socialisation des risques ne sont pas des phénomènes anodins, si on regarde les pertes énormes subies par des communautés comme celle de Lac-Mégantic, les municipalités n’ayant aucun droit de regard quant au contenu des substances transportées par les trains sur leur territoire [2].

lacmegantic

La négligence n’est pas le fruit du hasard, mais d’une décision délibérée visant à maximiser les profits. La logique capitaliste, étroitement liée à la propriété privée des moyens de production, l’apologie de l’économie de marché et la pression constante des gains de productivité, est directement en cause ici. D’ailleurs, le dirigeant de MMA, Ed Burkhardt, a affirmé au magazine Eastern Railroad News qu’après la fin d’un conflit de travail qui sévissait alors au Canadien Pacifique, MMA comptait passer à un horaire de six jours par semaine, dans les deux sens, de Montréal à Brownville Junction (Maine). De plus, l’entreprise a décidé d’économiser 4,5 millions $ et de miser sur « l’efficacité » en remplaçant ses équipes de travail par des appareils de contrôle à distance [3]. Le grand patron de MMA, farouche partisan des trains à un employé, a fait pression sur la Federal Railroad Administration et Transports Canada, avant d’obtenir le feu vert par la première en 2009, et la seconde en 2012 [4]. Le principe de réduction de coûts sur le capital variable (les salaires) et l’accroissement de la productivité par l’introduction de nouvelles technologies montre ainsi qu’une des causes efficientes de ce type d’incident est le principe de l’accumulation de la valeur, qui fait fi de considérations morales, sociales et environnementales minimales. Qui plus est, nous ne pouvons pas compter sur le gouvernement canadien pour assurer une régulation en termes de sécurité publique. « Des experts de Transport-Canada ont affirmé il y a neuf ans que 80% des wagons-citernes destinés au transport de pétrole au pays ne pouvaient pas opérer de façon sécuritaire. Au lieu de régler le problème, le gouvernement a permis aux compagnies pétrolières d’augmenter considérablement le transport des hydrocarbures à travers nos communautés ». [5]

stevie

Les dérives autoritaires de l’État canadien

Le fait que le Canada soit devenu un « État pétrolier » n’est pas à négliger. Un régime extractiviste, tourné vers l’exploitation et l’exportation massive des hydrocarbures, bafoue les règles élémentaires de la démocratie, la santé publique, la protection de l’environnement et les droits humains. Le gargantuesque projet des sables bitumineux, représentant l’une des pires catastrophes écologiques mondiales à l’heure actuelle, repose sur le soutien actif du gouvernement canadien. Mais cela ne relève pas uniquement de l’idéologie archaïque du Parti conservateur de Stephen Harper ; celui-ci ne fait qu’exprimer, dans sa pleine force, la logique néolibérale associée à la mondialisation et la dérégulation des marchés. L’État n’est pas seulement pris dans un système économique qui lui impose de favoriser le flux des capitaux au détriment des normes sociales et environnementales ; il rend possible cette exploitation généralisée par le biais d’institutions, de politiques publiques et de dérèglementations. L’État néolibéral obéit aux principes de la concurrence marchande, en se faisant à la fois facilitateur (soutien des investissements privés), distributeur (création des occasions d’affaires), et compétitif (réorganisation concurrentielle des services publics). Les nombreux « projets de lois mammouths » confirment que l’État néolibéral canadien représente une « condensation matérielle de rapports de forces », prêt à sacrifier la démocratie libérale pour assurer l’hégémonie d’une classe de possédants sur les communautés dépossédées de tout pouvoir économique et politique réel.

Le piège des oléoducs

Pour mener à bien ses projets pétroliers néocolonialistes, le Canada est prêt à menacer l’Union européenne (désirant étiqueter les sables bitumineux comme étant beaucoup plus polluants que le pétrole conventionnel), et Barack Obama (plutôt frileux face au projet de pipeline Keystone XL de TransCanada, étant engagé dans la lutte aux changements climatiques). Les principaux arguments adressés aux adversaires des sables bitumineux sont que les oléoducs n’augmentent pas les taux d’émission de gaz à effet de serre, qu’ils sont sécuritaires, créent des emplois, et qu’il est inutile de s’y opposer fondamentalement, car ils se rendront à leur point de destination de toute façon, que ce soit par train ou par camion. Comme un déraillement de train montre le danger de ce moyen de transport, il n’est pas surprenant que le Globe and Mail récupère la catastrophe en affirmant : « Quebec tragedy reminds us pipelines are safest way to transport oil ». [6]

Indignez-vous !

La controverse de l’inversion de la ligne 9B de la compagnie Enbridge doit être comprise à l’aune de cette conjoncture. Les oléoducs ne représentent pas une alternative au transport de pétrole par train. Premièrement, ils présentent d’importants risques pour l’eau potable et les terres agricoles ; l’oléoduc 9B traverse la rivière des Outaouais, en amont de Montréal, une fuite pouvant compromettre l’approvisionnement en eau de 2 millions de personnes. Deuxièmement, le bilan d’Enbridge sur la fiabilité de ses installions est désastreux ; l’Institut Polaris montre que la compagnie est responsable de 804 déversements en Amérique du Nord, entre 1999 et 2010. Une moyenne de 73 accidents par année ne devrait-elle pas réconforter les communautés ? Troisièmement, bien que des compagnies multimilliardaires comme Ultramar prétendent que le transport de pétrole par trains est 40 fois plus risqué que le transport par pipelines, il n’en demeure pas moins que ces derniers déversent trois fois plus d’hydrocarbures que les premiers [7]. Malgré la rhétorique rassurante de l’industrie, qui souligne le caractère mineur et réversible de ses déversements, « la présidente du comité exécutif, Josée Duplessis, note que même si Enbridge exploite son oléoduc entre Montréal et Sarnia depuis 37 ans, elle n’a jamais partagé ses plans d’urgence avec les autorités municipales ». C’est pourquoi la ville de Montréal, a émis de sérieuses réserves à l’inversion du pipeline dans une lettre déposée à la consultation publique de l’Office national de l’énergie. [8] Pendant ce temps, Enbridge continue de donner des pots-de-vin aux municipalités de la couronne Nord de Montréal, que ce soit sous forme de dons de 10 000$ (Mirabel), l’achat de VTT (Saint-André d’Argenteuil), le financement d’événements comme des épluchettes de blé d’Inde (Montréal-Est) ou la Fête de la Pêche Enbridge (Boisé Belle-Rivière).

pAULINE

Le virage pétrolier du Québec

Malheureusement, les trois principaux partis dominants de la scène nationale sont solidement accrochés à la logique néolibérale et pétrolière. Même le Parti québécois, fervent défenseur de la « souveraineté-association », fait reposer l’indépendance énergétique sur l’exploitation des hydrocarbures en sol québécois, en « partenariat » avec le pétrole albertain. « Le gouvernement Marois s’est donné des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de la consommation de combustibles fossiles. Des objectifs qui sont cohérents avec la volonté d’exploiter le pétrole québécois et d’importer celui tiré des sables bitumineux albertains, a expliqué jeudi au Devoir la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet. » [9] Outre le caractère contradictoire de ce discours, « l’intérêt économique » pour les deux raffineries québécoises semble primer sur la réduction des gaz à effet de serre, et les potentiels revenus pour l’État québécois semblent plus alléchants que la protection des communautés de la Gaspésie, le parc naturel d’Anticosti et l’environnement maritime du golfe Saint-Laurent. Comme dit M. Lafontaine, nos dirigeants « roulent à l’argent ».

birdie

Cependant, cette obsession pour les revenus de l’État n’est pas un phénomène conjoncturel, résultant de mauvaises décisions de politicien.nes. Il s’agit plutôt d’une crise fiscale structurelle, occasionnée par l’obsession du déficit zéro qui amène d’importantes coupures dans les dépenses publiques (austérité). Comme ces mesures ne permettent pas de relancer la croissance, mais font plutôt reposer celle-ci sur la consommation des ménages (dont les revenus stagnent), le recours au crédit et à l’endettement devient le principal moyen de pallier à la crise. Or, comme l’endettement comporte des limites objectives (capacité de payer) et subjectives (tolérance au surendettement), la « reprise financiarisée » au Québec et au Canada est condamnée à rester prisonnière d’une trappe austérité/stagnation [10]. Malgré la saine gestion des dépenses (austérité), les revenus de l’État continuent de chuter (stagnation), ce qui nécessite à nouveau des compressions et des mesures de restructuration, ad nauseam. Le virage vers l’exploitation massive des ressources naturelles (le Nord pour tous) et les hydrocarbures représente une réponse désespérée et écologiquement ruineuse à un problème économique structurel. La crise écologique est accentuée par les politiques d’austérité, et celles-ci contribuent à exploiter toujours davantage les communautés et les écosystèmes. L’État néolibéral québécois réplique machinalement le modèle colonial canadien, qui néglige le développement des industries, la substitution des importations et la diversification de l’économie, en préférant les barrages, pipelines, raffineries et les exportations massives de matières premières. « S’il existe des différences culturelles entre le Québec et le Canada anglais, la culture économique, elle, est la même. […] Il est illusoire de penser que les banquiers, les politiciens et les fonctionnaires, fascinés par le chant des sirènes de l’exploitation des ressources naturelles, des filières préfabriquées de sociétés étrangères et des projets technologiques grandioses, se mettront à l’écoute. [11] »

La métaphore de la rivière glacée

Par ailleurs, une évaluation étroite des risques masquerait-elle une réflexion plus générale sur les alternatives au modèle de développement actuel ? Dans son livre Making better environmental decisions (2000), Mary O’Brien prend l’exemple d’une femme qui désire traverser une rivière montagneuse à l’eau glacée. Elle se fait conseiller par une équipe de quatre évaluateurs de risques, composée d’un toxicologue, un cardiologue, un hydrologiste et un spécialiste du ministère de l’Environnement.

gab

Le premier remarque que l’eau n’est pas toxique, mais seulement très froide. Le deuxième considère que les risques d’arrêt cardiaque sont faibles, car la femme est en bonne santé. Le troisième évalue qu’il est possible de nager parce que la rivière est peu profonde et dépourvue de tourbillons. Enfin, le quatrième suggère de traverser parce que les risques sont minimes comparativement au réchauffement climatique, la destruction de la couche d’ozone et la perte de biodiversité. Étonnement, la femme refuse de traverser à la nage. « Pourquoi ? », s’exclament les spécialistes qui ont calculé sa chance de mourir à seulement 1 sur 4 millions. Comme la femme refuse encore, les spécialistes perdent patience et l’accusent d’immobilisme. Visiblement, celle-ci semble avoir une « crainte irrationnelle » des risques, et une mauvaise compréhension des avantages de ce projet. Mais la femme se retourne et pointe à l’horizon : il y a un pont.

REGÉRESCENCE

L’évaluation des alternatives

Pendant que les experts évaluaient les risques d’une seule option, la femme évaluait les alternatives. Elle considère que ça ne vaut même pas la peine de prendre froid en traversant à la nage, compte tenu des options qui s’offrent à elle. Une délibération collective sur les stratégies énergétiques, les limites de la croissance économique, la justice sociale, la résilience communautaire et écologique, pourrait s’inscrire dans cette perspective. Une évaluation globale des alternatives au développement doit remplacer la logique étroite des risques, en partant de plusieurs principes :

1) Il n’est pas acceptable de menacer l’intégrité physique des communautés humaines et non humaines s’il existe des alternatives raisonnables.

2) Personne ne peut définir pour quelqu’un d’autre ce qui représente un dommage « acceptable ».

3) Nous devons envisager et réaliser les alternatives les moins dommageables pour la population actuelle, les générations futures et les écosystèmes.

4) Il est difficile de penser des alternatives au statu quo, car des individus, des entreprises et des gouvernements ont intérêt à le préserver.

5) Le prérequis essentiel au changement politique est de reconnaître le fait qu’il existe des alternatives.

6) De véritables changements dans les comportements et les habitudes dommageables des individus et des collectivités (dépendance au pétrole, étalement urbain, surconsommation, etc.) ne peuvent pas se réduire à l’éthique et la responsabilité individuelle ; ils doivent être accomplis par l’action politique.

poissons

La transition énergétique

La catastrophe de Lac-Mégantic soulève une alternative civilisationnelle : la transition énergétique. Celle-ci désigne le passage d’un système énergétique basé sur les ressources non renouvelables (pétrole, gaz, nucléaire) vers un mode de développement faisant usage des énergies renouvelables : solaire, éolien, géothermie, biomasse, etc. Cette transition ne se limite pas au type de ressources utilisé, mais implique la modification de la structure énergétique. Elle requiert le passage d’un mode de production fondé sur la demande croissante d’énergie, et l’instauration d’un mode de production reposant sur la planification de la descente énergétique. Une réelle transition suppose donc d’importantes transformations comportementales, sociotechniques, économiques et politiques.

pandas new

Pour effectuer un changement social d’une telle ampleur, celui-ci doit être envisagé globalement et concrètement, c’est-à-dire à l’intérieur des dynamiques de la société québécoise. La mise en pratique du projet de transition énergétique doit donc être précédée d’une analyse de la situation et des rapports de forces, qui prend sérieusement en compte les contraintes sociales, culturelles, institutionnelles, économiques et politiques qui entravent un tel développement. Mais l’analyse historique et géographique de cette conjoncture ne saurait être complète sans dégager les principales luttes relatives aux enjeux énergétiques. C’est pourquoi l’examen des mouvements sociaux, mobilisations citoyennes et coalitions luttant contre les hydrocarbures (gaz de schiste, sables bitumineux, oléoducs) permet de mettre en évidence les obstacles, mais également les possibilités réelles d’une alternative énergétique. Si l’étude des blocages et des acteurs collectifs de la transition éclaire le terrain des conflits sociaux et des contradictions sur lesquelles un nouveau système énergétique pourra émerger, elle demeure muette quant à la nature des réformes institutionnelles nécessaires et du projet politique attaché à une telle transformation. De plus, la réalisation d’une alternative radicale et démocratique suppose un ensemble de stratégies permettant de lier un parti défendant l’intérêt de la majorité sociale aux syndicats, groupes écologistes et mouvements citoyens, afin que la transition énergétique devienne légitime, mobilisatrice et efficace.

TU ES

L’énigme de l’accident de Lac-Mégantic ne doit pas être résolue par une enquête étroite, des accusations individuelles, quelques modifications règlementaires superficielles et de fausses promesses de sécurité. Cet épisode ne se réduit pas à un problème technique, mais représente le tremplin d’une mobilisation sociale, d’une action politique, visant à la fois la transition écologique et l’émancipation populaire du joug des grandes entreprises sans scrupules et de l’État canadien complaisant.

Le Réseau écosocialiste vous invite sur son forum de discussion

Notes

[1] François Desjardins, « Croissance sans précédent du transport de pétrole par train », Le Devoir, [En ligne],http://www.ledevoir.com/societe/act…, 8 juillet 2013.

[2] Bahador Zabihiyan, « Transport : les municipalités tenues dans le noir », Le Devoir, [En ligne], 9 juillet 2013http://www.ledevoir.com/societe/act…

[3] Nick Sambides Jr., « MMA Railway using remote control », Bangor Daily News, [En ligne],http://bangordailynews.com/2010/05/…, 29 janvier 2011.

[4] François Desjardins, « Le grand patron de MMA, farouche partisan des trains à un employé », Le Devoir, [En ligne],http://www.ledevoir.com/societe/act…, 9 juillet 2013

[5] Keith Stewart, « Is the oil industry using unsafe rail cars to transport crude ? », Greenpeace Canada, [En ligne],http://www.greenpeace.org/canada/en…, 21 mai 2013.

[6] Diana Furchtgott-Roth, « Quebec tragedy reminds us pipelines are safest way to transport oil », The Globe and Mail, [En ligne], http://www.theglobeandmail.com/comm…, 7 juillet 2013.

[7] Eliot Carom, « Pipelines Spill Three Times as Much Oil as Trains, IEA Says », Bloomberg, [En ligne],14 mai 2013,http://www.bloomberg.com/news/2013-…

[8] Martin Croteau, « Enbridge : Montréal émet de sérieuses réserves sur l’inversion du pipeline », La Presse, [En ligne],http://www.lapresse.ca/actualites/m…, 5 juillet 2013.

[9] Alexandre Shields, « Politique énergétique – Québec veut le pétrole sans les GES », Le Devoir, [En ligne],http://www.ledevoir.com/environneme…, 5 juillet 2013.

[10] Éric Pineault, Cette fois, est-ce différent ? La reprise financiarisée au Canada et au Québec, Rapport de recherche, Institut de recherche et d’informations socio-économiques, juin 2013.

[11] Jane Jacobs, La question du séparatisme. Le combat du Québec pour la souveraineté, VLB Éditeurs, 2012, pp.66-68

La révolution

4 Commentaires

Classé dans Uncategorized

Le néolibéralisme détruit l’humanité !

Stéphane Hessel ce grand Monsieur indigné de 93 ans écrivait peu avant sa mort que :  « L’intérêt général doit primer sur l’intérêt particulier, le juste partage des richesses créés par le monde du travail primer sur le pouvoir de l’argent » Cette vision des choses va à l’encontre du modèle anglo-saxon qui considère plutôt que l’intérêt général est formé de l’ensemble des intérêts particuliers. L’interprétation de ces deux idéologies divergentes a des impacts considérables sur nos vies puisqu’au Canada comme aux États-unis, le poids des lobbyistes du pétrole, qui réunit certaines des entreprises les plus prospères, n’est évidemment pas le même que celui des défenseurs de l’environnement ! Ce qui fait que petit à petit on en arrive a des aberrations telles que celles de  Mégantic, Fukushima, Dacca, Deepwater Horizon, Tchernobil, Bopal,Three Mile Island, pour ne nommer que celles là ! Bref le Néolibéralisme nous tue, lentement mais surement. Les eaux, la terre sont polluées, les graines sont génétiquement modifiées, les abeilles sont détruites par les forces néolibérales maléfiques.  Cette situation destructrices fait réagir les indignés de la terre qui se lèevent tel une gigantesque vague pour crier leur indignation. Pascale Cormier, quant à elle, s’insurge contre ce modèle qui nous conduit inexorablement dans un cul-de sac. qui s’ouvre sur la mort !  

stephen

Le néolibéralisme est un crime contre l'humanité
Par Pascale Cormier

Lac-Mégantic, coquette petite localité située au cœur de l’Estrie, l’une des plus belles régions du Québec, tout près de la frontière américaine.  Par un beau vendredi soir de juillet, l’une des premières nuits vraiment chaudes de l’été 2013.  Les uns peinent à trouver le sommeil, accablés par la chaleur humide; d’autres en profitent pour faire la fête entre amis ou seulement jouir du calme et du beau temps, dans les arrière-cours et sur les terrasses, une bière fraîche à la main. Quand soudain, vers 1 h du matin, c’est l’apocalypse : une pluie de feu se déverse sur le centre-ville dans un fracas de fin du monde. Un convoi ferroviaire qui transportait du pétrole s’est emballé et a déraillé en plein cœur de la ville, et quatre wagons ont explosé, pulvérisant des dizaines de maisons ainsi que la bibliothèque et un supermarché (...)

pompier (1)

Il y aura des enquêtes, bien sûr. Et beaucoup, beaucoup de « damage control ». Déjà, la Montreal Maine & Atlantic Railway, la compagnie responsable, a mis sur pied une « cellule de crise ».  En bon français, ça veut dire qu’on va tout faire pour noyer le poisson.  On va dire que c’est la faute à « pas de chance », que c’est le résultat d’un malheureux concours de circonstances, que cette catastrophe était imprévisible et ne pouvait être évitée.  Et nos lâches dirigeants, toujours prompts à s’à-plat-ventrir devant le grand capital, vont cautionner cette version des faits et verser quelques milliers de dollars aux familles des victimes en faisant semblant d’avoir de la peine pour elles. Oui, tous : les dirigeants de la compagnie, les pouvoirs publics, les responsables de la sécurité publique – tous vont verser une petite larme de crocodile devant les caméras et vont s’empresser d’oublier toute l’affaire.  « Business as usual. »  Pourquoi?

puits

Hypocrites!  Assassins!

Peu importent les résultats de l’enquête, nous savons tous que cette catastrophe était parfaitement évitable.  Qu’elle n’aurait jamais pu se produire dans un monde où l’humain prime sur le profit. À une époque pas si lointaine, la sécurité du public était vraiment une priorité.  Dans tous les champs d’activité, et plus encore dans ceux qui présentent un danger certain, comme l’agro-alimentaire ou le transport des marchandises dangereuses, il y avait beaucoup, beaucoup de règlements à respecter.  Et beaucoup, beaucoup d’inspecteurs pour faire appliquer ces règlements.  Bien sûr, ça coûtait cher à l’État.  Et aux entreprises.  Ça faisait une grosse fonction publique, cette armée d’inspecteurs. Et bien des tracasseries et des frais pour l’industrie privée. Alors sont arrivés les « Neocons ».  Ceux-là ne croyaient qu’à une chose : le profit.  La croissance illimitée des profits.  N’était-ce pas l’essence même du capitalisme?  Tout ce qui pouvait constituer une entrave au profit devait donc être assimilé à un « complot socialiste » visant à détruire le capitalisme.  C’est ainsi que notre société foncièrement capitaliste est devenue, tout à coup, une société « socialiste ».  Tout ce qui avait pour but d’assurer un minimum de bien-être et de sécurité à l’ensemble de la population, tout ce qui visait à réduire les inégalités et à protéger les droits de la collectivité était « de gauche », donc nuisible. Le mot d’ordre, c’était que l’industrie était parfaitement capable de s’autoréguler– et qu’il fallait à tout prix réduire la fonction publique et baisser les impôts des plus riches et des sociétés, pour leur permettre de « créer de la richesse ».  (Au bénéfice de qui, ça,on s’est bien gardé de le préciser…) C’est ainsi qu’on s’est mis à fermer des agences d’inspection, à mettre à pied des inspecteurs, des ingénieurs-conseil et des scientifiques par milliers, et à déchirer d’innombrables règlements qui avaient assuré jusque là la protection de la population.  Résultat : on fait rouler des locomotives obsolètes sur des chemins de fer en mauvais état.  On lance en pleine ville des convois de wagons-citernes bourrés de pétrole sans conducteur.  Ça fait des économies.  Ça fait plus de profits, avec moins d’inspections,de tracasseries, d’irritants administratifs et de règlements tatillons.  Et moins d’employés à payer, tant pour l’État que pour les transporteurs.  Et puis, un jour, inévitablement, ça fait boum.

lacmegantic


Ça aurait pu faire boum dans l’industrie alimentaire.  Dans la prospection gazière et pétrolière.  Dans un pipeline.  Dans une centrale électrique.  Un pont, un édifice mal entretenu, n’ayant pas fait l’objet d’inspections régulières. Là, c’est un convoi de pétrole dans une petite ville de l’Estrie. Demain, ce sera où?

plate-forme_usa_042010

On dira que c’est un bête accident; que c’est un malheureux concours de circonstances; que ça n’aurait pas pu être évité.  Et on fera taire les voix qui exigeront plus d’inspections, plus de règlements, plus d’employés, un meilleur entretien des équipements, en criant au gauchisme et à l’anticapitalisme primaire. Parce que dans notre monde néolibéral, quelques dizaines, quelques centaines ou même quelques milliers de vies humaines, ça ne pèse pas lourd, face aux impératifs de la croissance et du profit.  Souvenons-nous de Bhopal.  Souvenons-nous des Éboulements où un autocar sans freins a plongé dans le ravin, entraînant ses passagers dans la mort.  Souvenons-nous de ce drame récent au Bangladesh où un immeuble abritant des « sweat-shops » s’est écroulé, tuant plus de mille ouvriers. 

5702666

Tout ça, ce sont les fruits de la déréglementation – ou de l’absence d’inspecteurs et de fonctionnaires en nombre suffisant pour faire respecter les règles. C’est ce qui arrive quand on met l’être humain au service de l’économie, plutôt que l’inverse.  C’est ce qui arrive quand les politiques publiques ont pour seul et unique but de favoriser les intérêts de l’industrie privée.

Jusqu’au jour où nous crierons enfin d’une seule voix : C’EST ASSEZ!

Mes plus profondes sympathies aux proches des victimes.  Mais que notre chagrin soit le ferment de nos colères, pour que ces malheureux ne soient pas morts en vain.

Nous sommes toutes et tous MéganticoisEs aujourd’hui.

Pascale Cormier

Colombe_Carnet_Noir

Cet article émouvant est une version légèrement allégée du très beau texte de Pascale Cormier que vous pouvez lire intégralement ici.  Les Indignés du Québec saluent le courage de Madame Cormier. Merci Pascale !

bitd

 

5 Commentaires

Classé dans Uncategorized