Au nom de quoi va-t-on-censurer l’histoire ? L’exemple de la BMO…

 P-J Ratio

Certaines personnes s’opposent au retrait de la plaque de la BMO dans le Vieux-Montréal.  Elles se demandent avec raison, au nom de quoi va-t-on-censurer l’histoire et jusqu’où irons-nous dans la chasse aux sorcières au nom de quelle rectitude politique ?

         Voici de texte de la plaque controversée

Dollier de Casson (1636-1701)

Et voici comment Dollier de Casson rapporte l’evènement dans son Histoire du Montréal (1642-1672),  Comme vous le constatez on est à des années lumières des propos de cette plaque délirante : – «Comme on avait que très peu de raquettes et que les neiges étaient encore hautes, on ne pouvait pas bien s’équiper, mais enfin ayant mis son monde dans le meilleur ordre qu’il put, [Maisonneuve] marcha avec trente hommes vers les ennemis, laissant le château et toutes autres choses entre les mains de d’Aillebout, auquel il donna ses ordres […] ;

Acte de fondation de Ville-Marie (Montréal), Bas-relief de Louis Philippe Hébert

étant entré dans le bois quasi aussitôt après, ils furent chargés par 200 Iroquois qui, les ayant vu venir s’étaient mis dans plusieurs embuscades propres à les bien recevoir. Le combat fut fort chaud. Incontinent  […]  M. de Maison-Neuf’ve se vit attaqué, il plaça ses gens derrière les arbres ainsi que faisaient les ennemis, et lors on commença à tirer à qui mieux mieux, ce qui dura si longtemps que la munition des nôtres manqua ; ce qui obligea M. de MaisonNeufve, […]  accablé par le grand nombre d’ennemis et qui avait la plus part de ses gens morts ou blessés de penser à la retraite comme à l’unique moyen de se sauver, lui et son monde. Ce qui était bien difficile à faire à cause de ce que nous étions beaucoup engagés et que les autres étaient si bien montés en raquette qu’à peine étions-nous de l’infanterie au respect de la cavalerie ;

quoiqu’il en fut,  […] il commanda qu’on se retira, mais tout bellement. faisant face de temps en temps vers l’ennemi, allant toujours vers un certain chemin de traîne par lequel on emmenait le bois pour construire l’hôpital, à cause qu’il était dur et que leurs raquettes ne leur serait pas nécessaires en ce lieu là pour bien aller; chacun exécuta cet ordre, mais à la vérité, […]  Monsieur de Maison-Neufve voulant être le dernier en cette rencontre, il attendait que les blessés fussent passés avant de marcher; quand on fut arrivé à ce chemin de traîne  […] , nos Français effrayés s’enfuirent de toutes leurs forces et laissèrent M. de Maison Neufve fort loin derrière eux ; lui de temps en temps, faisant face avec ses deux pistolets, crainte d’être saisi de ces barbares qui étaient toujours sur le point de le faire prisonnier. Ils ne le voulaient pas tuer, parce que le reconnaissant pour le gouverneur, ils voulurent en faire la victime de leur cruauté, mais Dieu l’en garantit et cela de la façon que je vais dire : les Iroquois ayant déféré à leur commandant cette capture, ils le laissèrent aller un peu devant eux, afin qu‘il eut l’honneur de le prendre, mais celui qui voulait prendre fut pris, car M. le La Place d'Armes Gouverneur s’en trouvant si  […] se mit en devoir de tirer, ce que ce sauvage voyant, il se baissa pour éviter le coup. M. le Gouverneur ayant raté, cet homme se releva pour sauter sur lui, mais en cet instant, il prit son autre pistolet et le tira si promptement  […] qu’il le jetta tout raide mort. Or comme cet homme était le plus proche de lui, il eut le loisir de prendre un peu d’avance jusqu’à ce que les autres barbares étant venus  […] au lieu de le poursuivre, ils chargèrent cet homme sur leurs épaules et l’emportèrent promptement parce qu’ils avaient peur que quelque secours inopiné ne leur vint ravir et que le corps d‘un tel personnage ne tomba entre les mains de leurs ennemis : ce ridicule procédé donna loisir à M. de Maison-Nenfve de se rendre au fort, quoiqu’après tous les autres».  

Le fort Ville-Marie en 1642

Le fort Ville-Marie en 1642

Il me semble que ce texte est suffisant pour justifier la réécriture de cette plaque erronée.  Matthieu Sossoyan, un intervenant qui a pris part au débat sur le sujet a suggéré ceci comme texte de remplacement : « On pourrait tout simplement écrire que le chef Iroquois (et le nommer) est mort en tentant de défendre sa terre et son peuple. Pas besoin d’enlever la plaque, mais de réécrire le texte. Beaucoup de Mohawks avec lesquels je suis ami sont en accord avec ce genre de modification».  À mon avis il faudra effectivement réécrire le texte et apposer une nouvelle plaque.  Vos suggestions sont les bienvenues . 

P-J Ratio, anthropologue et archéologue

Références :

·         La plaque raciste du Vieux-Montréal devra être enlevée

·         Une plaque commémorative indigne du 375e anniversaire de Montréal !

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2 Commentaires

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2 réponses à “Au nom de quoi va-t-on-censurer l’histoire ? L’exemple de la BMO…

  1. Pouvez-vous ajouter ce lien dans les références de l’article, car d’après Tom Fennario de APTN National News. La plaque sera bel et bien enlevée: –  » BMO declined to be interviewed for this story – but said in an email that it has filed a request to the province of Québec to have the plaque changed.  » À savoir quand?

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