La grande main pourrira

La grand mainOitarp, le poète indigné du printemps érable s’est penché sur ce fameux poème de Roland Giguère publié en 1960.

La main du bourreau finit toujours par pourrir

Grande main qui pèse sur nous
grande main qui nous aplatit contre terre
grande main qui nous brise les ailes
grande main de plomb chaud
grande main de fer rouge

grands ongles qui nous scient les os
grands ongles qui nous ouvrent les yeux
comme des huîtres
grands ongles qui nous cousent les lèvres
grands ongles d’étain rouillé
grands ongles d’émail brûlé

mais viendront les panaris
panaris
panaris

la grande main qui nous cloue au sol
finira par pourrir
les jointures éclateront comme des verres de cristal
les ongles tomberont

la grande main pourrira
et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs.

Roland Giguère in L’Âge de la parole, 1965, p. 17 

La grande main

Lorsque Giguère a rédigé ce poème  le Québec était alors plongé dans ce qu’on a appelé la « Grande noirceur », cette période trouble qui fit entrer la province dans la modernité. Ce poème rédigé à une époque opaque, interpelle par sa modernité. Une chose me frappe dans cette oeuvre plus qu’à moitié centenaire, c’est la fragilité de nos démocraties.  Merci Rolland de m’avoir largement inspiré et d’avoir su traverser le temps par la beauté de tes vers et la justesse de tes propos …

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La Grande main pourrira – hommage aux indigné-es de la terre

Cinquante trois ans plus tard, l’étouffante grande noirceur de Maurice Duplessis a heureusement disparu mais de sombre nuages se sont levés sur l’humanité et sur la Belle Province, comme certains se plaisent encore à l’appeler  Je pense à la grande main qui pèse encore sur nous et aux arrestations massives du printemps érable qui sont la honte de cette province.

Je pense à la grande main qui nous aplatit contre terre et au nivellement culturel par le bas

Je pense à la grande main qui nous brise les ailes 

À la grande main de plomb chaud et à la grande main de fer rouge

J’ai peur des grands ongles qui nous scient les os

Des grands ongles qui nous ouvrent les yeux
comme des huîtres

J’ai peur des grands ongles qui nous cousent les lèvres

J’ai peur des grands ongles d’étain rouillé, des grands ongles d’émail brûlé

Mais viendront les panaris panaris, panaris, 

Je sais que la grande main qui nous cloue au sol finira par pourrir, que les jointures éclateront comme des verres de cristal et que les ongles tomberont

Je sais que la grande main pourrira et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs.

Oitarp poète indigné, ce 13 mai de l’an II du printemps érable

la main du peuple 

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5 Commentaires

Classé dans Uncategorized

5 réponses à “La grande main pourrira

  1. Anonyme

    A tous les Indignés de la terre ! Recours au poème. Poésie et monde poétique. Merci Oitarp !
    http://www.recoursaupoeme.fr/ernest-p%C3%A9pin/tous-les-indign%C3%A9s-de-la-terre

  2. Normand de Bellefeuille

    J’avais 15 ans en 1965 quand un prof nous a lu ce poème… merci de le réactualiser !!!

  3. Pingback: De la grande noirceur à la grande obscurité ? | lesindignesduquebec

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  5. Pingback: Ablation criminelle | maxenceinte

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