Hommage à Pierre Falardeau

La révolution

Pour cette centième chronique les Indignés du Québec, vous offrent  cet  hommage à Pierre Falardeau par l’entremise du poète indigné Oitarp. Falardeau un indigné de la première heure mérite d’être revisité.  Pour les francophones hors-Québec, si vous ne  comprenez pas tout, ben pognez vous un dictionnaire québécois tabarnak !  Lachez vous lousses mes chums, pis payez-vous un trip !

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Hommage à Pierre Falardeau

Pierre Falardeau est disparu le 3 octobre 2009.  Polémiste de la première heure.  Falardeau entreprend des études en anthropologie à l’Université de Montréal en 1967.  En 1971, il réalise son premier documentaire : Continuons le combat qu’il  présente comme le premier volet de son mémoire de maîtrise intitulé « La lutte ». Dans ce scénario, Falardeau se sert de la lutte (catch pour les français) comme un exemple du rituel de la dualité manichéenne véhiculée par la société pour départager les bons et les méchants.

Falardeau

Auteur d’une vingtaine de films, presqu’autant de publications, l’œuvre de Falardeau est riche.  Le temps des bouffons paru en 1993  est particulièrement intéressante : « On est au Ghana en 1957, avant l’indépendance. Jean Rouch tourne un documentaire, Les Maîtres fous, sur la religion des Haoukas. Chaque année, les membres de la secte se réunissent pour fêter. Ils sont possédés. Possédés par des dieux qui s’appellent le gouverneur, le secrétaire général, la femme du gouverneur, le général, la femme du docteur. En 1957, le Ghana, c’est une  colonie britannique… quelques rois nègres pour faire semblant, mais les vrais maîtres sont anglais. Une colonie avec tout le kit: Union Jack, God Save the Queen, perruques, cornemuse, pis la face de la reine en prime. Ici, on connaît.

Soumis !

La religion Haoukas reproduit le système colonial en plus petit, mais à l’envers. Les colonisés se déguisent en colonisateurs, les exploités jouent le rôle des exploiteurs, les esclaves deviennent les maîtres. Une fois par année, les pauvres mangent du chien. Une fois par année, les fous sont maîtres. Le reste du temps, les maîtres sont fous. On est au Québec en 1985. Chaque année, la bourgeoisie coloniale se rassemble au Queen Elizabeth Hotel pour le banquet du Beaver Club. Ici, pas de possédés, juste des possédants. A la table d’honneur, avec leur fausse barbe et leur chapeau en carton, les lieutenants gouverneurs des 10 provinces, des hommes d’affaires, des juges, des Indiens de centre d’achats, des rois nègres à peau blanche qui parlent bilingue. Comme au Ghana, on célèbre le vieux système d’exploitation britannique. Mais ici, c’est à l’endroit. Ici, les maîtres jouent le rôle des maîtres, les esclaves restent des esclaves. Chacun à sa place!

Allez travailler bande de paresseux !

Allez travailler bande de paresseux !

– Bonsoir, mesdames et messieurs. Good evening, ladies and gentlemen. My name is Roger Landry. I am your president of the Beaver Club. It is my privilege to welcome you to the twenty-seventh annual dinner of the Beaver Club celebrating this year the two-hundredth anniversary of the Beaver Club in Montreal. Sont réunis ici ce soir, dans cette illustre enceinte, des personnalités dont le seul nom évoque assurément la grandeur et l’honorabilité; puisque, en fait, à cette table ils sont tous honorables. En titre… Mais rassurez-vous, ce soir, exceptionnellement, ils redeviennent tous humains et les règles du protocole sont dès maintenant abolies. Avant de ce faire, j’ai reçu, il y a quelques instants, a few minutes ago this telegram: I am very sorry that I am unable to be with you tonight, but I am pleased to be able to send congratulations on the occasion of the anniversaries. Je vous souhaite à tous une soiré agréable et au Beaver Club beaucoup de succès dans les années à venir. The right honorable prime minister of Canada, Brian Mulroney.

Nous sommes les 99%

Des bourgeois pleins de marde d’aujourd’hui déguisés en bourgeois pleins de marde d’ autrefois célèbrent le bon vieux temps. Le bon vieux temps, c’est la Conquête anglaise de 1760; par la force des armes, les marchands anglais s’emparent du commerce de la fourrure. Chaque année, les grands boss se réunissent pour fêter leur fortune. Ils mangent, ils boivent, ils chantent. Ils s’appellent McGill, Ellice, Smith, Frobisher, Mackenzie. C’est ca, le Beaver Club il y a 200 ans. C’est la mafia de l’époque. Ils achètent tout : les terres, les honneurs, les médailles, le pouvoir, tout ce qui s’achète. La gang de fourrure forme lentement l’élite de la société. Les voleurs deviennent tranquillement d’honorables citoyens. Ils blanchissent l’argent sale en devenant banquiers, seigneurs, politiciens, juges. C’est ça, le Beaver Club au début. Deux cents ans plus tard, leurs descendants, devenus tout à fait respectables, font revivre cette fête par excellence de l’exploitation coloniale. Le gros Maurice, ministre des Forêts, devenu boss d’une multinationale du papier. Jeanne Sauvé, sa femme, administrateure de Bombardier, d’Industrial Insurance, et gouverneuse générale. Marc Lalonde, ancien ministre des Finances, maintenant au conseil d’administration de la City Bank of Canada. Francis Fox, ministre des Communications, engagé; par Astral Communications. Toute la gang des Canadiens français de service est là, costumé en rois nègres biculturels. Des anciens poiticiens devenus hommes d’affaires. Des anciens hommes d’affaires devenus politiciens. Des futurs politiciens encore hommes d’affaires.

Le français se dégrade à Montréal

Toute la rapace est là: des boss pis des femmes de boss, des barons de la finance, des rois de la pizza congelée, des mafiosos de l’immobilier. Toute la gang des bienfaiteurs de l’humanité.  Des charognes à qui on élève des monuments, des profiteurs qui passent pour des philanthropes, des pauvres types amis du régime déguisés en sénateurs séniles, des bonnes femmes au cul trop serré, des petites plottes qui sucent pour monter jusqu’au top, des journalistes rampants habillé en éditorialistes serviles, des avocats véreux, costumés en juges à 100 000$ par année, des liche-culs qui se prennent pour des artistes. Toute la gang est là : un beau ramassis d’insignifiants chromés, médaillés, cravatés, vulgaires et grossiers avec leurs costumes chics et leurs bijoux de luxe. Ils puent le parfum cher. Sont riches pis sont beaux; affreusement beaux avec leurs dents affreusement blanches pis leur peau affreusement rose. Et ils fêtent…

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Au Ghana, une fois par année, les pauvres imitent les riches. Ici, ce soir, les riches imitent les riches. Chacun à sa place… Les bourgeois anglais se déguisent en bourgeois anglais, les collabos bilingues s’habillent en collabos bilingues, souriant et satisfaits, les Écossais sortent leur jupe écossaise, les Indiens se mettent des plumes dans le cul pour faire autochtones. On déguise les Québécois en musiciens pis en waiters. Les immigrés? Comme les Québécois, en waiters! Chemises à carreaux et ceintures fléchée. Manque juste les raquettes pis les canisses de sirop d’érable. Des porteurs d’eau déguisés en porteurs de champagne. Alouette, gentille alouette!  C’est toute l’histoire du Québec en raccourci. Toute la réalité du Québec en résumé : claire, nette pour une fois, comme grossie à la loupe. Ce soir, les maîtres fêtent le bon vieux temps. Ils fêtent l’âge d’or et le paradis perdu. Ils crient haut et fort, sans gêne, leur droit au profit, leur droit à l’exploitation, leur droit à la sueur des autres. Ils boivent à leurs succès. Ils chantent que tout va bien, que rien ne doit changer, que c’est pour toujours… toujours aux mêmes, toujours les mêmes.

BouffonBouffon

Ils sont pareils partout… à New York, à Paris, à Mexico. Je les ai vus à Moscou vomir leur champagne et leur caviar sur leurs habits Pierre Cardin. Je les ai vus à Bangkok fourrer des enfants, filles ou garçons, pour une poignée de petit change. Je les ai vus à Montréal dans leur bureau avec leurs sales yeux de boss, leur sale voix de boss, leur sale face de boss, hautains, méprisants, arrogants. Des crottés avec leur chemise blanche pis leur Aqua Velva. Minables avec leur Mercedes pis leur raquette de tennis ridicule. Comme des rats morts. Gras et épais avec leurs farces plates pis leurs partys de cabane à sucre. Pleins de marde jusqu’au bord à force de bêtise et de prétention. Crosseurs, menteurs, voleurs. Et ça se reproduit de père en fils. Une honte pour l’humanité! Au Ghana, les pauvres mangent du chien. Ici, c’est les chiens qui mangent du pauvre. Et ils prennent leur air surpris quand on en met un dans une valise de char. – Ensemble, merci au chef, nos applaudissements, nous lui disons merci. Ladies and gentlemen, together let’s thank magnificently. Bravo! Et maintenant, as president of the Beaver Club, may I say to you the following : never any club has been so honoured and so magnificently rewarded on its two-hundredth anniversary to have such a magnificent membership as you are. A vous tous, nos membres, à nous tous, applaudissons-nous. We are magnificent people and I raise my hat to all of us. Bravo. You are as beautiful as I think I am. Thank you very much. Good evening. Bravo. Good night. Tout le monde, les serviettes, on fête, on témoigne notre appréciation. Everyone, yes, that’s right! Bravo.

Applaudissons-nous. We are magnificent people. Quelle boufonnerie! – Bravo. God bless you.

Pierre Falardeau

Ce texte que Falardeau, a rédigé pour  le temps des bouffons a été repris   dans la version 2012 mise en ligne par Anonymous sous l le titre Le temps des bouffons 2012 ou Sagard version courte.  Les deux oeuvres mises  en parallèle méritent vraiment d’être visionnées, à vous de juger …

Terminons enfin sur une note plus gaie avec cet autre film de Falardeau

Chubby Kentucky Kid

Cliquez sur l'image pour voir le film

Cliquez sur l’image pour voir le film

En 1995, son  film sur Chevalier de Lorimier, un notaire pendu lors des soulèvements de 1837-1838, a  suscité la polémique

Cliquez  pour voir lextrait

Cliquez pour voir l’extrait

Merci Pierre pour ta vision polémiste des choses.  Tu nous manque dans ce monde édulcoré fade et aseptisé 

RIP

Pierre-Falardeau

1946 -2009

Falardeau le prophète

Amélie Veille, une belle indignée. Cliquez pour l'entendre chanter

Amélie Veille, une belle indignée. Cliquez pour l’entendre chanter

6 Commentaires

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6 réponses à “Hommage à Pierre Falardeau

  1. Vu du Vieux Continent, ce message me semble témoigner on ne peut mieux de la nécessité de dépasser les limites d’une approche universelle de la personne, celle-ci ne s’appréhendant dans toute sa richesse qu’au travers d’un regard doublement complémentaire: communautaire et singulier.

    Au cas, donc, où une étude sur les Indignés (en général) par le détour d’une perspective belge serait susceptible de retenir l’attention de certains d’entre vous: http://www.sireas.be/pages/IMG/pdf_2011-07int.pdf (« Une journée d’Ivan l’Indigné. L’épisode bruxellois: Projet ou utopie? »).

    Voir aussi, si intérêt, les messages parus du 20 octobre au 17 novembre 2011 sur projetrelationnel.blogspot.be, sous les plumes de Philippe Corcuff, de Gilbert Boss et (plus modestement) de votre serviteur.

    Christophe Engels
    projetrelationnel.blogspot.be
    (Animateur de Projet relationnel
    Journaliste ex Le Vif/L’Express, à Bruxelles.
    Actuellement chargé d’analyses et d’études au Siréas, à Bruxelles.
    Ex rédacteur en chef de Perso/Regards personnalistes, à Louvain-la-Neuve)

  2. Laurent Desbois

    « Le meilleur amendement à la loi 101, c’est la souveraineté. » Camille Laurin

  3. Laurent Desbois

    Moi, c’est un pays que je veux!!! C’est aussi simple que cela…
    « Comme si la lutte de libération nationale n’était pas, en soi, un projet de société. Le bateau coule et des passagers veulent discuter de l’aménagement intérieur de la chaloupe. Ramons, câlice! On discutera ensuite de la couleur de la casquette du capitaine ou de la forme des rames. L’indépendance n’est pas le paradis. Ce n’est pas la solution à tous nos problèmes. Mais il s’agit de choisir enfin. Ou le statut de nation annexée à jamais, ou la liberté. » Pierre Falardeau
    https://www.facebook.com/groups/2250951279/#!/photo.php?fbid=329507733810807&set=a.197461053682143.44945.100002547500896&type=1&theater
    Mes adversaires, ce sont les fédéralistes orangistes et j’en ai les mains pleines!!! (Conservateurs, libéral ou… NDP)

  4. Laurent Desbois

    Petite question! Est-ce que l’assermentation des deux députés de QS (Khadir et Françoise David) s’est fait à la reine d’Angleterre?

  5. MORSLI

    Falardeau mon frère ! Respect à ta mémoire ! Depuis Toulouse, je te salue bien bas, grande âme.Vive le Québec LIBRE.

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